Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 07:59

cahier.jpgEn Afghanistan, aujourd'hui. Une fillette de 6 ans, en voyant son voisin lire des histoires dans son cahier, décide d'aller à l'école. Mais pour s'inscrire, il faut y aller avec un cahier et un crayon. Elle prend donc des oeufs pour les vendre sur le marché, sans l'avis de sa maman, pour obtenir l'argent nécéssaire à l'achat des fournitures.

La réalisatrice de ce joli film est âgée de 19 ans. Elle est la dernière venue de la famille Makhmalbaf, grande famille de cinéastes iraniens. Et du haut de ses 19 ans, son film tient la route.

Il est construit en deux parties : dans la première, la petite Bakhtay (Nikbakht Noruz, époustouflante car elle est de toutes les scènes du film) cherche à acheter son cahier et son crayon. Une fois son cahier en main débute la seconde partie : l'inscription à l'école et les péripéties que lui font subir les garçons du village.

Beaucoup d'émotions passent dans ce film. Tout d'abord, il y a un constat assez alarmant sur la difficulté d'avoir accès à la scolarité dans un pays comme l'Afghanistan. Bakthay n'arrive pas à récolter l'argent pour acheter le strict minimun, sa mère passe ses journées à aller chercher de l'eau et son père est absent. Et lorsqu'elle a son cahier, la séparation des sexes lui impose une nouvelle contrainte.

Cette condition des femmes s'exprime aussi à travers l'utilisation du rouge à lèvres, dont l'usage est souvent prohibé. Il y a à la fois la réaction des adultes, mais aussi celle des enfants. Et c'est là que j'ai trouvé ce film poignant et angoissant : lorsque Bakthay est prisonnière des enfants de son âge qui se prennent pour des combattants.

Elle est d'abord emprisonnée car elle veut aller à l'école, puis les gamins d'une dizaine d'années menacent de la lapider car elle porte sur elle un tube de rouge à lèvres. Cette scène est vraiment une grande scène de cinéma : la caméra se met à la place de la petite fille, jetée dans un trou, avec les gamins qui lui tournent autour, une pierre dans la main, prêts à la lancer. Puis ces apprentis talibans se prennent ensuite pour des américains. Ce changement de statut (Taliban / Américain) permet à la réalisatrice de faire passer sans ambiguité l'idée de la perméabilité des enfants face aux violences qu'ils vivent. 

Le film se poursuit par différentes allégories, assez jolies mais qui peuvent ralentir parfois le film. Peut-être un péché de jeunesse.

Enfin, le site où se déroule l'action est très symbolique : elle se déroule à Bamiyan, là où les talibans ont détruit les Bouddhas géants. Cette destruction pèse d'ailleurs sur l'ensemble du film.

D'ailleurs, le titre en anglais du film est beaucoup plus évocateur que le titre français : Buddha collapsed out of shame (Bouddha s'effondra de honte). Le film débute d'ailleurs par les images de cette destruction.

Un très joli film à découvrir !

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Thierry 12/03/2008 14:27

Je n'ai pas encore vu ce film de la plus jeune des Makhmalbaf, et je le déplore... De passage sur le site pour dire que j'ai mis une réponse chez moi à votre interrogation sur "Kotelnitch". Bravo pour votre appétit culturel et ce que votre blog brasse comme intérêts divers...

Thierry

Yohan 13/03/2008 21:24

Merci, mais je ne sais pas si je dois être félicité pour mon appétit culturel.Pour Kotelnitch, j'ai réusii à me procurer le DVD.Et pour la lignée Makhmalbaf, Le cahier est le premier que je vois d'un membre de la famille. Mais j'en avais déjà pas mal entendu parlé, et en bien !

dasola 11/03/2008 16:54

Contente de lire un billet sur ce film que j'ai vu dimanche dernier. J'ai trouvé remarquable de maîtrise. J'ai rédigé un billet que je mettrai en ligne d'ici une semaine.

Yohan 11/03/2008 17:07

De rien ! Et c'est vrai que pour réalisatrice de 19 ans, elle s'en sort très bien sur un sujet difficile !