Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 07:48

ernaux.jpgComme je vous l'ai dit il y a quelques jours, l'écriture d'Annie Ernaux me plaît. Et quand ça me plaît j'essaie de découvrir l'ensemble de l'oeuvre de l'auteur. Après L'Événement, Une femme et La Place, je me suis donc plongé dans ce Journal du dehors.

Entre 1986 et 1993, l'auteur recueille dans différents lieux publics les remarques de ses contemporains, et les retranscrit dans son journal. Les passagers du RER, le ramasseur de caddies du centre commercial, les clients de la boucherie sont donc les personnages involontaires de cet ouvrage.

Une grande partie de l'ouvrage a pour lieu les transports en commun, notamment entre Paris et Cergy (où habite Annie Ernaux), d'abord dans le train vers Saint-Lazare, puis dans le RER A. J'ai donc lu ces lignes sur les trajets autrefois empruntés par Annie Ernaux, et lors desquels elle a recensé toutes ces anecdotes. et c'est une lecture qui m'a paru vraiment appropriée pour les transports, alors que je lis d'habitude assez peu dans ces conditions-là (sauf journal ou magazine). Appropriée car ce qui est rapporté dans l'ouvrage est tout à fait susceptible de se produire à proximité.

Ce sont donc de petites notes, étalées dans le temps, que l'auteur ne fait pas que reproduire. Par petites touches toujours sensibles, elle essaie d'en ressortir des généralités sur cette époque. Ainsi, les passages chez le boucher sont l'occasion de réfléchir sur les différentes positions sociales à travers le prisme de la consommation et de la connivence avec le vendeur.

On ressort de cette petite lecture avec l'idée que ces petits riens, parfois insignifiants, font sens, et que c'est un ensemble duquel il est difficile de séparer les situations les unes des autres. C'est à la fois assez réjouissant et angoissant, comme l'impression d'être pris dans un mécanisme dont il est impossible de sortir.

Bien sûr, la forme choisie risque de laisser certains lecteurs (ou lectrices) sur leur faim : une centaine de pages, vite lues. Elle-même explique dans l'ouvrage que la forme la frustre, car elle ne peut pas se lancer comme dans un roman. Mais elle considère cette écriture comme nécessaire.

 

Enfin, ces situations sont celles d'il y a plus de dix ans. On y retrouve donc des éléments aujourd'hui disparus, comme la célèbre enseigne Mammouth. Mais l'écriture d'Annie Ernaux et ses analyses rendent cette lecture intéressante et intemporelle.

Je sens que son dernier livre, Les années, qui vient de sortir, ne tardera pas à être le sujet d'un billet ici...

 

Journal du dehors, d'Annie Ernaux

Ed. Folio

Partager cet article

Repost 0

commentaires

nath 15/03/2008 23:29

J'ai lu ce ropman, car j'aime l'écriture de l'auteur, simple, seinsible et qui ne manque pas de talent ... J'ai aimé ce roman ... J'en parle via mon blog !

Yohan 20/03/2008 17:32



Eh bien je pense que ce sont les mêmes éléments qui nous ont séduits.



Emeraude 21/02/2008 10:05

d'après une de mes collègues de travail, qui a tout lu et donc lu tout Annie Ernaux, son dernier 'les années', est le meilleur qu'elle ait écrit depuis bien longtemps ! Je n'ai jamais rien lu d'elle mais apparemment, ça vaut le coup!

Yohan 24/02/2008 09:25

Bon , je crois que je ne vais pas hésiter longtemps !

Caro[line] 20/02/2008 11:16

J'ai été emballée par "La place" de cet auteur. Moins par "Passion simple". J'adore son écriture si simple mais si sensible. A l'époque, j'avais d'ailleurs acheté d'autres de ses romans... que je n'ai toujours pas ouverts ! Mais tu me donnes envie de m'y remettre !!! Et de découvrir aussi ce "Journal du dehors".

Yohan 21/02/2008 11:04

Comme tu l'auras sans doute deviné, je ne peux que te conseiller de les ouvrir ;-)