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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 16:05
la-place.jpgDès les premières pages, la narratrice perd son père. Sa mort lui permet d'évoquer dans ce livre la vie de celui-ci : comment il a voulu échapper à sa condition de paysan piuis d'ouvrier en accédant au statut de commerçant, comment elle a vécu son adolescence, tiraillée entre l'amour qu'elle a pour ses parents et les milieux bourgeois qu'elle côtoie. Car pour elle, il est très difficile de concilier les deux, et ce fossé est difficilement surmontable. Les conventions, les habitudes de ses compagnons sont en effet très différents de celles de la cellule familiale.

Dans ce livre, Annie Ernaux évoque sa propre histoire : comment, fille de commerçant, elle accède au monde de la culture et du savoir  à travers l'école. Et ce passage d'un monde à l'autre, cette évolution n'est pas sans tourment : elle peine à écrire son roman, en fait part au cours du récit.

J'apprécie beaucoup l'écriture d'Annie Ernaux, en particulier dans ses œuvres plus intimes. Je l'ai découvert par hasard  grâce à son ouvrage L'Événement, puis j'ai poursuivi avec La place et Une femme (où elle parle de sa mère). Je me suis replongé dans La Place pour des raisons personnelles, ayant en ce moment le même ressenti qu'Annie Ernaux vis à vis de son père : un écart se crée, qu'il est de plus en plus difficile de combler, car chacun des protagonistes a du mal à comprendre comment l'autre a évolué. Mais je pense que tout ceci est au final assez universel, et que beaucoup de lecteurs peuvent retrouver un peu de leur histoire dans ce livre.

J'apprécie également cette intimité qu'elle crée entre elle et son lecteur. elle utilise une écriture simple, qu'elle revendique d'ailleurs, et nous fait part de ses difficultés d'auteur. On partage ses sentiments de doute, de désarroi. 

Mais au final, cette lecture n’est pas triste : elle est tout simplement forte, émouvante et touchante, comme si la mort de son père lui faisait comprendre qu'elle était passée à côté d'une relation, mais qu'elle gardera toujours quelque chose de son père. D'ailleurs ce livre est un hommage à celui-ci, en dépit de leur distance. Distance qui se crée souvent de manière naturelle et inconsciente, mais qui a des impacts sur ces relations qu'on souhaiterait souvent privilégiées.

Pour d'autres avis positifs, voir
Laurence (qui en a choisi un extrait très parlant), Sylvie, Hervé, Caro[line], et celui plus mitigé de Stéphanie.
La place, d'Annie Ernaux
Ed. Folio

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commentaires

Emeraude 06/11/2008 10:23

eh bien tu vois, je n'ai senti que la distance dont tu parles à la fin (j'ai rédigé mon billet pour demain et je ne me souvenais pas de ton billet, j'ai donc voulu le relire). Tu as raison dans le fait que chacun peut y retrouver une partie de son histoire, mais peut-être comme le dit Stéphanie dans son billet, j'aurai préféré un autre style...
merci en tout cas pour le prêt!

Yohan 06/11/2008 23:20


Après Fashion, tu es la deuxième que je n'ai pas réussi à convaincre. Zut !!! Mais ce roman est, j'en suis persuadé, un roman important, à la fois pour l'auteur, mais aussi dans la littérature
contemporaine. On verra ce qu'il en restera dans quelques années ! Mais il a déjà 25 ans, tout de meme !!!


flolettres 12/02/2008 23:01

Je confirme ! J'ai lu plusieurs extraits dans les annales de brevet. C'est souvent parlant pour des ados... et pour des plus grands aussi . En tout cas, ton billet me donne encore plus envie de lire cette oeuvre.

Yohan 13/02/2008 09:40

Tu peux y aller les yeux fermés ! (enfin, presque). Je te le fais parvenir, si tu veux ;-)

Bernie 12/02/2008 18:45

Des extraits de ce livre sont très souvent choisis comme base de réflexion pour passer le brevet des collèges.

Yohan 13/02/2008 09:41

Oui, ma compagne nseignante m'a déjà dit que ce texte est souvent étudié au collège. Mais je pense que c'est tout à fait logique !