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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 10:01

loach.jpgKen Loach, après un film consacré à la guerre en Irlande (Le vent se lève), revient à son sujet de prédilection : la description du tissu social du Royaume-Uni. Après par exemple My name is Joe (film très glauque, avec des personnages sans espoir) ou The navigators (sur la privatisation du réseau ferré britannique et ses conséquences sur les employés), il traite cette fois de la question des immigrés et des exploitants de cette main d'oeuvre.

Angie, jeune employée d'un bureau de recrutement, est chargée de prospecter dans les pays de l'Est pour trouver des travailleurs à bas coûts. Elle leur fait miroiter un travail, mais précise qu'il ne correspondra pas à leur qualification : une infirmière sera fille au pair, un professeur employé sur un chantier. Mais, en voulant se révolter contre le machisme de ses supérieurs, elle se fait renvoyer. Elle décide donc de monter sa propre agence de recrutement, en violant tous les règlements en vigueur.

Ce film est très dur car il ne donne pas de sortie positive : Angie est exploitée dans sa boîte, par des hommes sans scrupules, qui profitent de la détresse des immigrés. Mais au lieu de se révolter contre cette exploitation, elle se range du côté des exploiteurs : elle profite à son tour de la misère des immigrés pour gagner sa vie. 

Aucun scrupule ne l'arrête, et même lorsqu'une relation plus intime semble se dessiner, par exemple avec une famille iranienne, elle n'hésite à détruire cette confiance pour s'imposer. On a l'impression qu'elle est dans une spirale sans fin, où son seul objectif est d'apporter un peu de bonheur à son fils. Objectif qu'elle atteint d'ailleurs de manière très relative.

Et les remarques des personnes indignées par son comportement n'y font rien : son père et sa collaboratrice peuvent émettre des doutes, elle s'en moque et préfère se passer d'eux plutôt que de remettre en cause son attitude. Elle est guidée par l'appât du gain, et celui-ci prend le pas sur toute relation sociale.

Et plus le film avance, plus son attitude est exécrable. Lorsqu'elle se fait frapper par des ouvriers qui attendent leur paye, on passe de l'immoralité à l'amoralité : rien ne la retient. Et le scène finale ne fait que confirmer cette nécessité de l'exploitation de l'autre pour répondre aux exigences de ses propres exploiteurs.

C'est un film social très fort, car il ne se place pas du côté des "victimes", mais au niveau intermédaire : Angie est à la fois "victime" et "bourreau", mais le deuxième aspect l'emporte chez elle.

Une scène m'a marqué : celle où Angie et son fils regardent la télévision. Le film projeté est extrèmement violent, avec de nombreux coups de feu, de détonations.  Cette violence sur l'écran de télévison et l'attitude d'Angie vis à vis de cette violence est selon moi l'une des clés du film : elle ne réagit pas à la violence armée, car elle est elle-même plongée dans une violence psychologique de tous les instants. Et que son fils assiste à ces scènes ne la gêne pas, puisque la violence est pour elle banale.

Ce film donne à la fois à réfléchir sur notre position au sein de la société ( sommes-nous victimes, bourreaux, ou tous un peu des deux ?), sur la violence qu'elle engendre et que nous n'apercevons plus. Et cela permet de comprendre pourquoi dans un pays où la situation sociale est de plus en plus difficile, ce sont les représentants des plus riches qui sont au pouvoir : chacun cherche à être un peu bourreau, pour oublier sa propre position de victime.

Même si ce n'est pas le meilleur film de Ken Loach, c'est un film qui a selon moi le mérite d'ouvrir la réflexion. Ce qui arrive assez rarement, finalement. 

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commentaires

anjelica 01/03/2009 17:34

Je l'ai vu récemment et j'ai vraiment apprécié la prestation de l'actrice. 

Yohan 07/03/2009 12:29


La performance de l'actruce est en effet tout à fait remarquable.


Bernie 12/02/2008 18:50

C'est le genre de film que j'aime

Emeraude 08/02/2008 08:07

rien à voir avec It's a free world (que je n'ai pas vu) mais plutôt question de chocolat.
L'adresse d'où vient le sapin tout en chocolat est "hors des sentiers battus", dans le 15è donc, métro Charles Michels, et c'est rue Beaugrenelle pour être précise ! :-)
Bonne dégustation ;-)

Yohan 08/02/2008 09:26

Merci beaucoup pour ces précisions chocolatées !